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Il
y a tant à dire sur lAbkhazie contemporaine.
Minuscule enclave coupée du monde, inconnue,
elle cristallise les grandes problématiques
géopolitiques de notre temps: chaos post-soviétique,
invention dun État-Nation, appartenance
identitaire, équilibre du nouveau grand
jeu russo-américain sur fond dobsession
pétrolière, influences mafieuses
Jai pourtant voulu raconter une autre
histoire. Une histoire qui sest tissée
dans les zones dombre de la photographie
du journal. Je nai pas cherché
à retrouver les deux hommes de la jetée.
Mais je suis partie, en Russie, en Géorgie
et en Abkhazie, en quête dautres
destins qui auraient pu échouer là,
sur la promenade de Soukhoumi.
Cest ainsi quest né «
Soukhoumi, rive noire ». Un film documentaire
pour évoquer lAbkhazie, à
travers le destin de sa plus belle ville. Celle
où lon était si fier dhabiter
et où lon aimait se dire «
Soukhoumtchank », au-delà de toute
autre nationalité. Celle qui se voulait
le petit Paris du Caucase, et à qui un
orchestre de jazz consacrait des chansons. «
Soukhoumi, gorod skaska, ti kak rodoir givoi
»
Le film sattache à quelques parcours
dhommes et de femmes qui, chacun, incarnent
une facette de Soukhoumi. Lali et Simon, les
réfugiés géorgiens. Ira,
lamie abkhaze de Lali, la presque sur
perdue depuis 10 ans. Margarita, la babouchka,
visage dune crise humanitaire qui nen
finit plus de durer dans ce qui fût le
verger de lURSS. Alkhaz, le jeune vétéran,
cloué dans une chaise roulante et artisan
acharné de la reconstruction de lAbkhazie
et de la paix.
Quatre histoires simples, qui se croisent pour
imaginer les belles années à Soukhoumi,
et surtout pour parler de comment on vit, depuis
10 ans, dans une région ni en guerre,
ni en paix, son devenir en suspens, son destin
entre dautres mains. Quatre voix qui disent
la guerre de lintérieur, la perte,
lexil, et la force de vivre.
Chacun dente eux a été une
rencontre privilégiée, construite
au fil du temps passé ensemble. Notre
complicité est hors champs, mais sans
elle le film naurait pas été
possible. Il en aura fallu des dizaines dentretiens
avant de les trouver, ces quatre-là,
avant de savoir quils seraient la voix
de ce « Soukhoumi
».
Comme si leurs visages avaient, finalement,
leur place, quelque part dans la photo.
« Soukhoumi, rive noire », 52 minutes
(TACT/Saya)
Réalisation : Mathilde Damoisel ( e-mail: mathilde.damoisel@free.fr )
Image : Stéphane Rossi
Montage : Solveig Risacher
Musique originale : Juliette Garrigue
Portofolio
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