Le long du blues
Association Bobby Watson



© Charles-Albéric d'Hardivilliers


Tombouctou : camions, poussière, klaxons dans l’encadrement de la porte. Je suis à la terrasse, je fume.
Les restes d’architecture parlent pour le passé et sont assez éloquents, c’est vrai, mais qui s’attendait à des ruelles où se perdre perd ses espérances-, reste le charme des grandes avenues qui découpent la ville, bordées de carcasses de camions et de «rôtisseries modernes». La ville-mystère dont on m’a tant parlé a tout d’un beau bordel et c’est tant mieux : j’aime ça.

El Hadj est passé tout à l’heure ; le morceau avance. Ce type est fou. Passé Niafunké, à Tombouctou, il est la musique ; complètement barré. Guitare, percus, monocorde, il joue de tout et bien. La Biennale a été fixée pour la première moitié de septembre et tous les orchestres régionaux sont en internat pour se préparer. A Ségou déjà et à Mopti ça avait un peu compliqué les choses ; on avait fini par trouver du temps, on n’était qu’en juillet. Mais ici, maintenant qu’on approche de la fin août, le planning se resserre.

J’arrive vers dix heures à l’internat. En France l’Heure est déjà passée- par d’autres mains, chez d’autres gens ; ici, j’attends. Hier matin les commissaires sont passés se plaindre de la lenteur du travail : aujourd’hui l’heure de répétition a été avancée. El Hadj dirige tout.

Sur une natte, dans la grande galerie de l’internat, j’attends que le thé chauffe. Je suis là, ma guitare appuyée au mur, à entendre ces musiciens un peu confus pris par la précipitation, à attendre un moment de libre pour lui parler. Il est par terre, assis contre le mur, la cendre de sa cigarette tombe entre ses cordes, il gueule : erreur de rythme ; je n’y avais même pas fait attention.

Onze heures passent, jusqu’à midi sans répit, moi je suis là sur ma natte et j’attends qu’ils finissent.
El Hadj : demain dix heures les musiciens seront là : repasse.
Repasse… trois jours peut-être que j’entends ça.

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