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Tombouctou
: camions, poussière, klaxons dans lencadrement
de la porte. Je suis à la terrasse, je fume.
Les restes darchitecture parlent pour le passé
et sont assez éloquents, cest vrai, mais qui
sattendait à des ruelles où se perdre
perd ses espérances-, reste le charme des grandes
avenues qui découpent la ville, bordées de
carcasses de camions et de «rôtisseries modernes».
La ville-mystère dont on ma tant parlé
a tout dun beau bordel et cest tant mieux :
jaime ça.
El Hadj est passé tout à lheure ; le
morceau avance. Ce type est fou. Passé Niafunké,
à Tombouctou, il est la musique ; complètement
barré. Guitare, percus, monocorde, il joue de tout
et bien. La Biennale a été fixée pour
la première moitié de septembre et tous les
orchestres régionaux sont en internat pour se préparer.
A Ségou déjà et à Mopti ça
avait un peu compliqué les choses ; on avait fini
par trouver du temps, on nétait quen
juillet. Mais ici, maintenant quon approche de la
fin août, le planning se resserre.
Jarrive vers dix heures à linternat.
En France lHeure est déjà passée-
par dautres mains, chez dautres gens ; ici,
jattends. Hier matin les commissaires sont passés
se plaindre de la lenteur du travail : aujourdhui
lheure de répétition a été
avancée. El Hadj dirige tout.
Sur une natte, dans la grande galerie de linternat,
jattends que le thé chauffe. Je suis là,
ma guitare appuyée au mur, à entendre ces
musiciens un peu confus pris par la précipitation,
à attendre un moment de libre pour lui parler. Il
est par terre, assis contre le mur, la cendre de sa cigarette
tombe entre ses cordes, il gueule : erreur de rythme ; je
ny avais même pas fait attention.
Onze heures passent, jusquà midi sans répit,
moi je suis là sur ma natte et jattends quils
finissent.
El Hadj : demain dix heures les musiciens seront là
: repasse.
Repasse
trois jours peut-être que jentends
ça.
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