|
Interview
de Guy-Pierre Chomette (1/3)
Quel fut le point de départ du projet Lisières
dEurope ?
Lisières d'Europe marque mon engouement de
longue date pour les pays d'Europe de l'Est. Depuis
la chute du mur de Berlin, à laquelle j'ai
eu la chance d'assister, je me suis souvent rendu
en Europe centrale. En Roumanie, République
tchèque, Slovaquie, Pologne, Hongrie, Albanie,
Moldavie, et dans les trois pays Baltes. Chacun de
ces voyages a fait l'objet de reportages écrits
parus dans la presse. Je cherchais alors un projet
fédérateur sur lEurope centrale.
Au moment où les Quinze ont décidé
délargir lEurope à dix pays
dEurope centrale, jai commencé
à réfléchir à la faisabilité
du projet. Jai mis deux ans avant de démarrer
le projet en collaboration avec Frédéric
Sautereau. Entre 2000 et 2003, nous avons fait ensemble
sept voyages le long de la nouvelle frontière.
Comment as-tu défini votre itinéraire
?
Jai modifié mes trajets en fonction des
décisions de Bruxelles. Ce nétait
pas évident car nous étions tributaires
des évolutions géostratégiques.
Des questions particulières se sont posées
par exemple sur la frontière qui divise Chypre,
ou bien encore en ce qui concerne la Turquie.
Quel type denquête avez-vous réalisé
sur le terrain ?
Nous voulions répondre à un certain
nombre de questions : Qui sont les futurs frontaliers
de l'Union ? Quelle est leur histoire ? Comment vivent-ils
la perspective de cette nouvelle architecture européenne
? À quelles conséquences doivent-ils
s'attendre dans leur vie quotidienne ? Notre principe
directeur était de ne prendre aucun rendez-vous
lors de la préparation des voyages quitte à
parfois passer des semaines entières sans aucune
rencontre intéressante. Nous voulions faire
un travail géopolitique de terrain.
Pas de rendez-vous avec des maires, députés,
universitaires. Le but était daller au
plus près des populations dont la vie est conditionnée
par cette nouvelle frontière. Aller à
la rencontre des familles séparées,
des employés dentreprises transfrontalières.
La préparation passait par des lectures historiques
et géopolitiques sur les régions que
nous allions traverser. Sur place on se débrouillait
pour entrer en contact avec les gens. Ce que jappelle
géopolitique de terrain, cest le fait
daller voir sur place comment les décisions
prises par la Commission sont ressentis .
Notre fil directeur était plus les frontaliers
que la frontière elle-même. Aussi bien
ceux qui allaient entrer dans lUnion que ceux
qui resteraient en dehors. Quest-ce que eux
pensaient du fait que des politiciens ont un jour
décidé de mettre la frontière
à 500 mètres de leur maison? Quest-ce
quhumainement ils appréhendaient de cette
nouvelle architecture du continent ?
Contrairement à ce que lon peut croire
à lOuest, les populations concernées
sont très au fait des décisions de la
Commission. On sest retrouvé dans des
villages perdus face à des populations très
bien informées.
|

© Frédérique Sautereau
|