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Interview
de Guy-Pierre Chomette (2/3)
Dans
lhistoire, est-ce que ces pays ont un sentiment
dappartenance à LEurope ?
Il existe à lEst un très fort
sentiment dappartenance à l'Europe. Mais
pas à lUnion Européenne. LUE
pour eux, cest un ensemble politique. Ce sentiment
européen est avant tout culturel. Et parfois
ethnique. Quand on leur demande de se définir
par rapport à leurs voisins, beaucoup dentre
eux disent quils appartiennent au monde européen
et non au monde russe.
Comment les futurs exclus vivent-ils cette frontière
?
Le sentiment dexclusion est très fort
des deux côtés de la frontière.
Les frontaliers du côté occidental ont
ce sentiment dexclusion pour les autres. Eux-mêmes
ont été exclus de lEurope pendant
des années, vivant de lautre côté
du rideau de fer. En Pologne, dans une ville proche
de la frontière ukrainienne, un type nous a
dit dans un bar : "Vous parlez dune frontière,
mais la vraie frontière, elle est psychologique
maintenant. Le ressentiment de ceux de lEst
envers vous, et maintenant envers nous, sera énorme".
Sur la route, des gens nous demandaient en permanence
: « Pourquoi pas nous ?
La réponse la plus réaliste et implacable
est la suivante : « Parce que vous êtes
pauvres, parce que vous êtes dans le giron russe
et la Russie nous fait peur; et éventuellement
parce que vous êtes musulmans. »
Est-ce que lémergence des nationalismes
peut-être une des conséquences de ces
exclusions ?
Oui, certainement . Avec pour particularité
que cela ne sera pas un nationalisme dirigé
vers lOuest, mais vers lEst. A part la
Biélorussie, les pays frontaliers conservent
un fort ressentiment vis-à-vis de leur ancien
dominateur, cest-à-dire la Russie. En
Moldavie, un quart de la population est russophone.
Traditionnellement penchés vers lEst,
les Moldaves se rendent aujourdhui compte que
la Russie ne fait rien pour eux et quils ont
plus intérêt à tourner leurs regards
vers lEurope. Autre exemple, les 700000 russophones
de Lettonie votent massivement pour lintégration
dans lUE. La Russie ne fait rien pas par volonté
politique, mais par manque de moyens.
En Ukraine de lOuest, la population déteste
la Russie et ne comprend pas pourquoi leur pays nest
pas pris en compte comme les autres candidats. Il
faut savoir que le tiers occidental du territoire
a appartenu pendant des siècles à la
Pologne. Il y a tous les ingrédients en Ukraine
pour le déclenchement dune guerre civile.
Heureusement aucun parti politique ne demande la séparation
et il existe un sentiment dukrainité
qui fait que le pays néclate pas. Quant
à la Roumanie, elle connaît en ce moment
un fort glissement nationaliste.
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© Frédérique Sautereau
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