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Lobito,
derrière son décor de Riviera surannée,
offre un bien triste contraste : les villas coloniales
défraîchies mais cossues du bord de mer tranchent
radicalement avec les paradas, des squats délabrés
du centre-ville. Selon les autorités provinciales,
ces refuges de fortune (latrines désaffectées,
carcasses de véhicules, containers, etc.) abriteraient
450 enfants, dont 18 filles, livrés à eux-mêmes.
En tout, plus de 2500 mineurs survivraient de mendicité
et de petits boulots, -de la prostitution, le plus souvent
pour les filles - sur la bande côtière de
Benguela-Lobito. Les uns proviennent souvent de familles
dispersées pendant la guerre ; les autres, victimes
de violences domestiques, ont préféré
fuir le domicile familial pour se réfugier dans
la rue.
Okutiuka (le « retour » en umbundu, la langue
locale), une association angolaise consacrée à
la défense des droits des enfants, a, par exemple,
obtenu de l'INAC (l'Institut national angolais à
l'enfance) un lieu de vie pour les mineurs. L'endroit,
baptisé As tendas (les « tentes » en
portugais), un ensemble de huit tentes militaires détériorées,
où vivent confinés 120 adolescents, est
reconnu officiellement par les autorités de la
ville. Un grand pas mais nettement insuffisant à
l'aune des besoins en matière de santé et
d'hygiène : les enfants souffrent des nombreuses
pathologies de la rue comme le paludisme, la gale, les
maladies de peau, les infections respiratoires, voire
la tuberculose. Pour la prévention des infections
sexuellement transmissibles.
Côté hygiène, deux trous profonds
à proximité d'un bras de mer pollué
servent de réserves d'eau potables pour se laver.
Un aspect déterminant du suivi médical,
car ces petits migrateurs se rendent fréquemment
par bateau à Luanda pour y trouver du travail.
La vie s'organise autour des tentes qu'Okutiuka a arrachées
à l'Administration. Le site, baptisé parada
dos fobados (« squat des affamés »),
est dirigé avec autorité par Jésus,
17 ans, le bien nommé. Plus question de voir traîner
les chiffons crasseux du chupilingua,
cette addiction au combustible, sous peine d'exclusion.
Les adolescents respectent les règles : lever à
l'aube, toilette puis nettoyage des lieux avant l'école.
Sur des airs de rap, ce soir, ils exhibent crânement
leurs bras
scarifiés à l'aide de lames usagées.
En retrait et inquiet, Jésus scrute l'horizon :
une maquerelle a déplacé son bouge à
une centaine de mètres de là, comme pour
mieux épier ce petit monde fragile. Telle une funeste
épée de Damoclès.
Texte de Guillaume Plassais
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©
Stéphane Lehr
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