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Angola,
vivre sans la guerre
« Ma vie, ça a toujours été
la violence, la peur et la haine, déplore João
de Luanda. Aujourdhui il faut que japprenne
à exister en temps de paix. »
Ce métis désabusé est né dans
les années soixante, avec la guerre contre les
colons portugais, un conflit anachronique qui accéléra
la chute du régime de Salazar et apporta lindépendance
à lAngola en 1975. Embrigadé de force
dans les troupes gouvernementales (MPLA), João,
le héros, a combattu ses frères, les «
rebelles » de lUnita. « Quand le leader
de lUnita, le docteur Savimbi a été
assassiné en 2002, le conflit sest stoppé
net et les tensions sont retombées comme un soufflet.
Personne nen voulait plus de cette guerre. On ne
savait plus pour quoi on se battait. »
La reconstruction ? On voit bien quelques buildings refleurir
sur la Ilha, cette étroite bande côtière
de Luanda. Des projets immobiliers qui cachent mal un
immobilisme ravageur. Malgré des richesses naturelles
considérables (pétrole et diamants au nord)
et le retour de la paix, le pays demeure dans limpasse.
Economie dépecée par les apparatchiks de
cet Etat socialiste et par les puissances occidentales,
corruption, axes routiers laminés, familles éclatées,
système de santé à la dérive,
paludisme, malnutrition
La litanie ne serait pas complète si lon
omettait les 12 millions de mines disséminées
dans le sol angolais, soit léquivalent de
la population du pays, qui retardent toute velléité
de reconstruction. Héritage dun conflit qui
a tué plus dun demi million dhabitants
et qui habite les nuits des survivants.
Sur les plateaux du Planalto, jadis grenier de lAngola,
le réveil est douloureux. Les habitants hésitent
encore entre fatalisme et confiance en lavenir.
La petite bourgade de Bailundo tombe en ruine, à
linstar de son hôpital aux carreaux brisés
et au toit crevé qui laisse filtrer leau
de pluie. La faute aux prix exorbitants des matériaux
de base, comme le ciment ou la tôle. A Mungo, même
tableau de désolation. Certes, lancien fief
Unita a retrouvé lélectricité
et un tracteur sillonne les lavras. Seul bémol
: lengin flambant neuf et les terres cultivées
appartiennent au commandant de police
Texte de Guillaume Plassais
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©
Stéphane Lehr
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