LES ENFANTS D'ANGOLA
Stéphane Lehr




Angola, vivre sans la guerre

« Ma vie, ça a toujours été la violence, la peur et la haine, déplore João de Luanda. Aujourd’hui il faut que j’apprenne à exister en temps de paix. »

Ce métis désabusé est né dans les années soixante, avec la guerre contre les colons portugais, un conflit anachronique qui accéléra la chute du régime de Salazar et apporta l’indépendance à l’Angola en 1975. Embrigadé de force dans les troupes gouvernementales (MPLA), João, le héros, a combattu ses frères, les « rebelles » de l’Unita. « Quand le leader de l’Unita, le docteur Savimbi a été assassiné en 2002, le conflit s’est stoppé net et les tensions sont retombées comme un soufflet. Personne n’en voulait plus de cette guerre. On ne savait plus pour quoi on se battait. »

La reconstruction ? On voit bien quelques buildings refleurir sur la Ilha, cette étroite bande côtière de Luanda. Des projets immobiliers qui cachent mal un immobilisme ravageur. Malgré des richesses naturelles considérables (pétrole et diamants au nord) et le retour de la paix, le pays demeure dans l’impasse. Economie dépecée par les apparatchiks de cet Etat socialiste et par les puissances occidentales, corruption, axes routiers laminés, familles éclatées, système de santé à la dérive, paludisme, malnutrition…

La litanie ne serait pas complète si l’on omettait les 12 millions de mines disséminées dans le sol angolais, soit l’équivalent de la population du pays, qui retardent toute velléité de reconstruction. Héritage d’un conflit qui a tué plus d’un demi million d’habitants et qui habite les nuits des survivants.

Sur les plateaux du Planalto, jadis grenier de l’Angola, le réveil est douloureux. Les habitants hésitent encore entre fatalisme et confiance en l’avenir. La petite bourgade de Bailundo tombe en ruine, à l’instar de son hôpital aux carreaux brisés et au toit crevé qui laisse filtrer l’eau de pluie. La faute aux prix exorbitants des matériaux de base, comme le ciment ou la tôle. A Mungo, même tableau de désolation. Certes, l’ancien fief Unita a retrouvé l’électricité et un tracteur sillonne les lavras. Seul bémol : l’engin flambant neuf et les terres cultivées appartiennent au commandant de police…

Texte de Guillaume Plassais

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© Stéphane Lehr