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Bertrand
Lisbonis a retenu de Rome le caractère intime et
secret. C'est donc sur la surface de ses murs, qu'il s'agisse
de la façade d'un palais ou d'une humble demeure,
que la ville se livre avec une insolente pudeur. Là,
se dit le temps qui passe et se déroule en strates
superposées, les humeurs des hommes et toutes les
cicatrices des fractures de lhistoire qui la transforment
en une sorte de kaléidoscope où des signes
architecturaux et artistiques s'enchevêtrent en
un jeu sans cesse renouvelé.
Ces murs sont aussi le décor familier de milliers
d'hommes qui passent devant eux chaque jour, qui ne les
regardent plus mais qui en sont totalement imprégnés.
Le Romain est marqué à jamais par un spectacle
urbain qui s'érige en une sorte de matrice de sa
propre existence. Le Romain est indissociable des pierres
de sa quotidienneté. Elles l'imprègnent,
bâtissent à son tour et donnent à
son regard une perspective qu'aucune ville ne pourrait
lui donner.
Au-delà de la mise en scène habituelle,
globalisante, atmosphérique, Bertrand Lisbonis
entend découvrir une autre réalité,
une autre dimension de cette ville, une nouvelle manière
de la mettre en représentation. Le fragment y devient
un univers, non pas celui bâti par l'histoire officielle,
mais celui que Degas et Klee ont cherché à
appréhender et qui, dans une perpétuelle
reconstruction visuelle, ont bâti d'étranges
et merveilleux quotidiens. C'est par la déconstruction
d'une scénographie urbaine que surgit une vérité
authentique, qui ne peut s'exprimer en un premier temps
que dans une indivisibilité absolue.
Patrick Favardin
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©
Bertrand
Lisbonis
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