© Grégory Cohen
Avant-propos par Manon Ott & Grégory Cohen
Rangoon, janvier 2006. Un soir sur les rives du lac Royal.
La torpeur des journées de la saison sèche s’est évanouie. Les tubes de karaoké se mêlent aux crépitements d’insectes qui viennent griller sur les néons. Au bord du lac, nos amis ont choisi une table isolée pour que nous puissions discuter en toute quiétude, sans nous préoccuper des personnes qui nous entourent. Retrouvailles et langues qui se délient au fil du repas, discussions passionnées qui dureront une partie de la nuit : les derniers artistes en vogue à Rangoon, l’absurdité des raisons avancées par les officiels pour les récents articles censurés... Deux écrivains prennent plaisir à citer toutes les références à l’histoire française qu’ils utilisent dans leurs nouvelles pour contourner la censure. Le Hall of Paris par exemple, mentionné dans l’une d’entre elles, évoque la Commune et donc l’insurrection populaire.
Parfois, c’est comme si le temps s’était arrêté à notre dernière rencontre, les mêmes rumeurs courent toujours. Personne ne s’entend sur l’explication à donner quant à l’interdiction de circuler en moto dans le centre de Rangoon. Certains affirment que lors d’un déplacement officiel du général Than Shwe, le fils d’un de ses proches collaborateurs a doublé son cortège en moto. Arrivé à hauteur de la fenêtre de Than Shwe, il aurait mimé un tir de revolver d’un geste de la main avant de s’enfuir. Croyant y voir sa mort, Than Shwe aurait aussitôt fait interdire l’utilisation des deux roues dans le centre-ville.
Gaieté et tristesse s’entremêlent dans toutes ces histoires. Histoires de Mie Mie, une artiste talentueuse dont les œuvres peintes et les poèmes restent cachés. Trop « politiques ».
Ce sont ces instants partagés en Birmanie et sur la frontière thaïlando-birmane, où vivent de nombreux réfugiés birmans, qui nous ont donné l’envie d’y retourner régulièrement et de commencer ce projet de livre. A l’origine, il ne s’agissait pourtant que d’un reportage photo.
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