Îles funestes, îles bienheureuses
revue Chemins d’étoiles
Transboréal




Entretien avec Diane de Margerie
Pour l’amour des Galápagos


Votre parcours vous a conduite à aborder plusieurs îles : l’Irlande, la Sicile, les Caraïbes, les Galápagos, les Antilles et Cheju, au sud de la Corée. Laquelle correspondrait le plus à ce que vous appelez « l’île intérieure » ?

Cela aurait pu être la Sicile. En effet, tout le monde vante les beautés de cette terre : Syracuse, les temples, les églises baroques. Mais lorsqu’on y vit, on découvre une autre réalité. La condition féminine notamment y est déplorable, et c’est bien difficile pour moi de vivre dans un pays où je ne puis m’identifier aux autres femmes. J’étais installée à Porto Palo, à cent kilomètres au sud de Syracuse, dans une maison moderne sans beauté. Elle était située sur une grande falaise, au-dessus d’une thonerie. J’ai appris par la suite que même les thons avaient dévié leur chemin… J’ai alors eu le sentiment que j’étais hors du lieu où je devais être, et que je n’aurais jamais de vie intérieure sur cette île.

J’ai en revanche beaucoup aimé la Sardaigne, où j’avais fait construire une maisonnette ronde qui ressemblait au temple du Ciel que j’avais admiré pendant toute mon enfance à Pékin. Les Sardes sont sobres, et les femmes superbes et fières. J’ai également apprécié l’île fabuleuse de Cheju, où l’on évolue dans un décor de peinture chinoise d’autrefois. Je me suis aussi trouvée à mon aise en Guadeloupe, dans ces paysages volcaniques que je qualifierais presque de dramatiques. La chaleur qui y règne est mon élément naturel : j’aime ne pas pouvoir distinguer la frontière entre l’air extérieur et mon être propre. Et puis il y a cette incomparable « musique de nuit » que font les crapauds. Quant aux Guadeloupéens, ils sont très inventifs, ils ont le goût des couleurs, des vêtements, des danses… Tout cela ressource et inspire.

Mais si je devais évoquer mon île intérieure, ce serait plutôt les Galápagos, car j’y ai fait, il y a quatre ans, un voyage déterminant qui m’a considérablement transformée. Il faut dire que j’avais eu la chance d’y être accueillie par des amis, ce qui m’a permis d’y séjourner deux mois, alors que les touristes sont autorisés à y rester quelques jours seulement. Le matin, je partais en bateau vers 4 heures pour me rendre sur une île déserte, exclusivement habitée par des animaux : des otaries, des manchots, des oiseaux extraordinaires. Mon seul regret est de ne pas avoir pu me rendre sur l’île Isabela. Mais j’ai été tellement frappée par ces régions qu’à mon retour, j’ai lu tout ce que je pouvais trouver sur ce sujet : Melville, Conrad, Darwin. […]

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