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Dans son monastère, Brendan avait trouvé un
trésor : un livre qui dévoilait les mystères
de lAu-delà. Bouleversé par cette découverte,
le jeune moine brûla louvrage et sefforça
den oublier le contenu. Mais il ne pouvait chasser
de son esprit les descriptions qui avaient enchanté
son imagination. Cest alors quun ange lui apparut,
et lui ordonna de se mettre à la recherche du pays
merveilleux qui, par sa lecture imprudente, lui avait été
promis
Avec quelques compagnons, Brendan entreprend la construction
dun navire, rassemble quarante jours de vivres et
se lance sur la mer, sabandonnant au gré du
vent et des flots. En quête dune terre de lumière.
Alors senchaînent les aventures. Naviguant dîle
en île, les moines surmontent les épreuves
et, au bout de sept années, arrivent en vue du paradis.
Ils ny séjourneront guère : bien vite,
ils devront repartir dans lobscurité, en traversant
lépaisse brume qui enveloppe lîle
mystérieuse. À leur retour parmi les leurs,
le monde a peu changé : le temps ne sécoule
pas en terre dimmortalité.
Une porte entre deux mondes, dissimulée dans le brouillard
des songes : lîle refuge, ancrage secourable,
résistant aux assauts de locéan. Roc
immuable que le navigateur audacieux est le seul à
pouvoir approcher mais quil ne conquiert pas sans
risque. Royaume bienheureux tant espéré, terre
de paix si désirée. Île verte ou blanche
des mythologies, île de verre des légendes,
Avallon, Hespérides, terre des fées, jardins
enchantés. Séjour des recommencements où
tout nest quharmonie.
Il y a, quelque part vers louest, une île qui
nous attend. Les Irlandais la nomment Tir na nOg et
les Bretons Bro ar Re Yaouank, mais elle est pour tous terre
de salut et déternelle jeunesse. Lieu périlleux
pour les mortels, elle représente le port ultime
pour les âmes élues. Certaines nuits, lorsque
la mer est étale, on voit la barque des morts accoster.
Elle vient chercher dinvisibles passagers qui se pressent
sur la grève. Le passeur les appelle par leur nom,
les invitant à faire leurs adieux au monde des vivants
et à sacquitter de leur obole pour la grande
traversée. Lorsquil est chargé, le navire
séloigne silencieusement, sous la voûte
étoilée, vers le Couchant. Vers une île
qui peu à peu se dessine, là-bas, dans le
lointain.
Gaële de La Brosse
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