HAUTES VALLEES DU PAKISTAN, Visions de montagnards
Géraldine Bénestar et Pierre Neyret
Editions Transboréal, 2005






© Géraldine Bénestar / Pierre Neyre

J’aime me perdre dans les bazars, et y chercher quelques repères pour les arpenter ensuite à l’envi. S’y couler, oublier sa condition de touriste sous couvert d’un shalwar kamiz et arborer un air de « comme à la maison ». Adopter le rythme nonchalant du passant qui guette la bonne affaire, soupeser de minirégimes de bananes, demander le prix dans la belle langue ourdou, se faire offrir un jus de canne fraîchement pressée. Se fondre dans le décor et oser se mêler à l’attroupement autour d’un vendeur de poudre magique. À chaque ruelle sa particularité, ses produits, son atmosphère. Le bazar, source de vie, d’ambiances sonores, d’odeurs d’épices, de fruits et de gaz d’échappement est une cacophonie à vivre jusqu’à l’épuisement des sens. C’est à la tombée de la nuit qu’il est le plus agréable à arpenter, quand les muezzins se font écho à l’infini, quand la lumière devient chaude et gaie et illumine les visages : le terme « Orient » prend ici tout son sens. C’est alors que les femmes font ensemble leurs emplettes. Avec un peu de perspicacité, on y devinera les quartiers qu’elles fréquentent : tissus, robes de mariée, dessous féminins, accessoires et produits pour les cheveux, bijoux ciselés dans un or pur. Arpenter le bazar n’est pas chose facile pour une femme. La proximité des corps y crée parfois de la confusion, provoque des gestes osés. Il faut savoir observer les hommes sans qu’ils vous voient, et ne jamais croiser leur regard… sous peine d’allumer une étincelle prête à flamber.




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