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© Géraldine Bénestar / Pierre Neyre
Jaime
me perdre dans les bazars, et y chercher quelques repères
pour les arpenter ensuite à lenvi. Sy
couler, oublier sa condition de touriste sous couvert
dun shalwar kamiz et arborer un air de « comme
à la maison ». Adopter le rythme nonchalant
du passant qui guette la bonne affaire, soupeser de minirégimes
de bananes, demander le prix dans la belle langue ourdou,
se faire offrir un jus de canne fraîchement pressée.
Se fondre dans le décor et oser se mêler
à lattroupement autour dun vendeur
de poudre magique. À chaque ruelle sa particularité,
ses produits, son atmosphère. Le bazar, source
de vie, dambiances sonores, dodeurs dépices,
de fruits et de gaz déchappement est une
cacophonie à vivre jusquà lépuisement
des sens. Cest à la tombée de la nuit
quil est le plus agréable à arpenter,
quand les muezzins se font écho à linfini,
quand la lumière devient chaude et gaie et illumine
les visages : le terme « Orient » prend ici
tout son sens. Cest alors que les femmes font ensemble
leurs emplettes. Avec un peu de perspicacité, on
y devinera les quartiers quelles fréquentent
: tissus, robes de mariée, dessous féminins,
accessoires et produits pour les cheveux, bijoux ciselés
dans un or pur. Arpenter le bazar nest pas chose
facile pour une femme. La proximité des corps y
crée parfois de la confusion, provoque des gestes
osés. Il faut savoir observer les hommes sans quils
vous voient, et ne jamais croiser leur regard
sous
peine dallumer une étincelle prête
à flamber.
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