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ENTRETIENS
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Rencontre
avec
Hubert
Bari, , muséologue du Muséum National d'Histoire
Naturelle
Au
téléphone, Hubert Bari, muséologue
du Muséum National dHistoire Naturelle sest
étonné que jaccepte un rendez-vous à
8h30. Une réponse bougonne du type « dhabitude
les journalistes avant onze heures
».
Je suis arrivé à 8 h, me suis perdu avec délectation
dans les couloirs des réserves du Muséum.
Entre deux caisses en bois de météorites,
des piles de rapports poussiéreux, des dents de requins
préhistoriques abandonnées, deux questions
me taraudaient.
Quest-ce quun muséologue ? Comment est-ce
que ce type qui est certainement aussi poussiéreux
que les locaux où il opère va pouvoir faire
entrer le plus grand des déserts dans ce bocal ?
Non
seulement Hubert Bari na de poussiéreux que
lécran de son Mac fluo, mais cest un
agréable quadra littéraire qui de son fort
accent alsacien répond aux questions sans détours
et serait capable de scénariser une exposition dart
contemporain au Emirats Arabes Unis.
En
quoi consiste le métier de muséologue ?
Un
muséologue, cest quelquun qui samuse
à mettre des objets ensemble pour créer des
expositions. Cest souvent un planteur de clous avec
un marteau et cest tout.
Je me vois plus comme un scénariste dexposition.
Je pratique la démarche inverse des conservateurs
de musée, cest-à-dire que jécris
dabord une histoire et ensuite, je cherche des objets
qui peuvent illustrer cette histoire. Cela fait des expositions
qui ont un sens et qui sont en général appréciées
du public. Bien plus que les expositions daccrochage
où le public na aucune histoire à vivre
et ressort en nayant vu que des cartes postales accrochées
à un mur.
Jécris
mon scénario en me plongeant quelques semaines voire
quelques mois dans le sujet, en allant parfois sur le terrain.
Ensuite je forme un comité scientifique de spécialistes
que je consulte et qui sont aussi chargés de corriger
toutes les erreurs que je peux introduire dans mon scénario.
En aucun cas, les scientifiques nont le dernier mot,
condition sine qua non pour que les expositions soient accessibles
au grand public
Seule cible qui mintéresse.
Dans
le cadre de lexposition actuelle, Saharas dAlgérie
: Les paradis inattendus, comme jétais le scénariste
français, jai préféré
aller chercher des spécialistes algériens.
Nous avons essayé davoir un discours cohérent
sans chercher à cacher un certain nombre de faits
qui disparaissent sous le rêve que suscite le Sahara.
Est-ce
que lon retrouve des éléments de lexposition
diamants que vous aviez organisée ?
Est-ce que vous avez votre « patte de muséologue
» ?
Je suis connu en tant quhomme décriture.
Jai même pondu, il y a quelques années
un premier roman qui sappelle La bibliothèque.
Je ne suis pas un homme de multimédia. Jaime
que les gens lisent. Le défaut, cest que lexposition
est riche en informations et donc le temps de visite en
est allongé. Pour lexposition « Diamants
» nous avions une durée moyenne de visiteurs
chronométrée sur 300 personnes, de deux heures
dix. Cest gigantesque ! Par comparaison, au Grand
Palais, la durée moyenne par visiteur est de trente-cinq
minutes.
Pouvez-vous
vous passer de partenaires privés ?
Rarement.
Largent des subventions est devenu très rare.
Lexposition Sahara est financée essentiellement
par la Sonatrach et Totalfinaelf. La part dargent
public dans cette opération budgétée
à 1,2 million deuros hors taxes sélève
à moins de 8 %. On peut se féliciter de ses
partenariats sinon lexposition naurait pas lieu.
À ceux qui maccuseraient de vendre mon âme
au pétrolier, je leur dirais tout simplement dabandonner
leur bagnole et de la mettre à la poubelle. Je préfère
travailler avec les pétroliers, utiliser leurs compétences,
et pourquoi pas voir comment influencer leurs actions en
les sensibilisant aux problèmes culturels et patrimoniaux
par cette exposition.
Pourquoi
« Paradis inattendus » ?
En
allant au Sahara, jai découvert des surprises
à chaque coin de dune.
Tempête de neige à Timimoun, de leau
dans des étendues désertiques, des gravures
de vaches qui boivent de leau dans une espèce
de baie dAlong envahie par les sables, des gamins
qui vous vendent du poisson à Djanet. Un certain
nombre de clichés tombent aussi : plus personne ne
circule en chameau, le nomadisme a quasiment disparu. Le
Sahara est un monde qui est à lopposé
du rêve quil suscite, mais cet opposé
nest pas forcément désagréable.
Je préfère voir des gens dans des villages
perdus avoir lélectricité plutôt
que de me ranger du côté de ceux qui déclament
que les câbles enlaidissent le paysage. Je crois que
cest agréable de voir que le Sahara survit
et quil y a peut-être encore un espoir pour
cette région totalement déshéritée.
Ce monde recèle des paradis extraordinaires, inattendus,
que lon pourrait sauver et conserver.
Comment
scénariser le grand désert dans le Muséum
?
Mettre
le Sahara dans une boîte de 700 m2 nest pas
facile. Nous avons utilisé la photographie à
tout va. Nous présentons 500 photographies que lon
na pas accrochées au mur : en extérieur,
des agrandissements géants ; nous réhabilitons
la technique du panorama à la russe que lon
place dans des rotondes ; nous reconstituons des clichés
stéréoscopiques, et on utilise des ordinateurs
pour diffuser de séries dimages qui vont onduler
dans lexposition. Nous avons opté pour quelques
reconstitutions qui vont certainement paraître kitsch
pour certains, mais qui emmèneront notre public habituel
à entrer dans une oasis.
Sur
quel aspect du Sahara avez-vous le plus insisté ?
Les
oasis ont surtout été mises en avant notamment
en amenant le visiteur à comprendre lintelligence
de la récolte et de la diffusion de leau. Cest
peut-être cela le paradis le plus inattendu au Sahara
; il y a de leau partout. Le reste de lexposition
est consacré à cette vie si présente
dans le désert, à toutes ces stratégies
de subsistance et de survie.
Nous avons puisé dans toutes nos galeries et réserves
pour présenter animaux, plantes
Nous avons pu
exhumer des réserves du musée de lHomme
les fonds du fameux Henri Lhote qui avait fait les relevés
des gravures du Tassili nAjjer dans les années
50.
Ces éléments nous permettent de montrer un
paradis disparu, lépoque où le Sahara
était une savane assez luxuriante où vivaient
des pasteurs artistes qui ont réalisé ces
magnifiques gravures et peintures.
Quels
autres objets des collections Lhote exposez vous ?
Beaucoup dobjets ethnographiques, essentiellement
des objets touaregs quil a ramenés de ses expéditions
des années 50, une période où le monde
touareg navait pas encore évolué vers
ce quil est actuellement. Le monde touareg a conservé
en partie son âme, mais les objets quil utilise
ont profondément évolué : de Lhote
nous avons des outres en peau de bête ; aujourdhui
les outres sont en chambre à air, en ce que les Touaregs
appellent « la peau de camion ».
Pour la collection Tassili, nous avons neuf pierres gravées
exceptionnelles qui viennent du musée du Bardo à
Alger.
Quel épilogue imaginez-vous
pour les visiteurs de lexposition ?
Jai
lenvie paradoxale que les gens foncent dans une agence
de voyage pour partir au Sahara et la frousse de voir le
désert polluer par trop de touristes.
mai
2003
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Exposition
Saharas dAlgérie : Les paradis inattendus
Muséum national d'histoire naturelle, Galerie de
Botanique, 10 rue Buffon, Paris Ve. Tous les jours de 10h00
à 19h00, du 30 avril au 12 octobre 2003.
http://www.mnhn.fr/expo/sahara/index.html
A
voir aussi lexpositon « L'art des civilisations
disparues du Tassili » au Musée de l'Homme
du 21 mai 2003 au 5 janvier 2004.
Musée de lHomme Palais de Chaillot 17, Place
du Trocadéro 75116 Paris
http://www.mnhn.fr/expo/tassili/index.htm
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