Design durable

Mathieu Acquart développe le projet Eco panorama, un tour du monde d’un an à la rencontre des acteurs du design durable, pour améliorer les connaissances sur le sujet et promouvoir son utilisation.

Tout a commencé par un rêve, celui de partir à l’étranger, de parcourir le monde, pour observer la planète sous un autre angle, d’être baigné dans des cultures et des climats différents pour comprendre ce qui nous différencie et ainsi gagner en objectivité, en expérience et en pertinence.

Ce fût ensuite la volonté de pratiquer le métier pour lequel j’ai été formé de façon utile et en accord avec mes principes, ceux du respect de l’homme et de l’environnement. J’ai donc décidé de fusionner ces deux visions pour n’en obtenir qu’une seule : ce projet.

Qu’est-ce que le design durable ?

Le design durable consiste à prendre en compte l’homme et l’environnement durant tout le cycle de vie du produit, dès la phase de conception ou d’amélioration des produits.

Le design durable est une approche du design soucieuse des impacts environnementaux générés par l’homme et son mode de vie ainsi que de l’aspect social et culturel spécifique à chaque produit. Travaillant à l’amélioration de la qualité de vie d’aujourd’hui et de demain par le changement des comportements et la redécouverte d’un lien entre l’homme et son environnement.

L’expression “design durable” vient de la traduction d’un terme anglophone “sustainable design” qui intègre l’aspect environnemental, social et culturel au processus de création.

En France, on utilise le mot “éco-conception” traduction de l’anglais “ecodesign” pour parler d’un design respectueux de l’environnement mais il s’agit plus d’un travail de l’ingénieur. Les designers français emploient donc le terme “écodesign” pour qualifier leur action.

Les enjeux du design durable

Durant la seconde partie du XXe siècle, l’économie de marché a proposé aux populations occidentales un “bonheur matériel” à court terme, basé sur une production exponentielle des biens de consommation. Notre société est devenue une “société de consommation” et celle-ci a eu pour effet les impacts majeurs sur l’environnement et les conséquences sur notre qualité de vie que nous connaissons.

Aujourd’hui, ce nouveau siècle commence avec un formidable enjeu : faire évoluer notre consommation, notre mode de vie, pour subsister et dans cette évolution les designers, concepteurs de produits et responsables R&D jouent un rôle central.

En s’appuyant sur le design durable ils peuvent réduire la majorité des impacts environnementaux en pensant au recyclage, à la réutilisation, ... mais surtout ils peuvent faire évoluer les comportements des consommateurs car ils sont en amont du processus de création, de la problématique.

Le design durable est une composante de la démarche globale du développement durable, c’est-à-dire : “répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité de satisfaire les besoins des générations futures”.

Le design durable est à considérer comme un facteur d’innovation incitant les entreprises à intégrer dans leur stratégie de développement la composante “respect de l’homme et de l’environnement” car le design durable est un formidable outil de réduction des coûts (produit et process mieux pensés, moins de matières, moins de pièces et moins d’énergie consommée) et d’anticipation des normes, ainsi qu’un moteur pour la communication interne (permettant d’unir les forces de l’entreprise dans un combat salutaire) et externe (donnant une bonne image de l’entreprise et servant d’argument de vente auprès des clients).

Enfin le design durable s’intègre à la poussée actuelle de la consommation militante, comme le commerce équitable par exemple, et son utilisation correspond aujourd’hui à une vision moderne et réfléchie de la conception de produits.

Détails du projet

Designer de formation, entre l’ingénieur et l’artiste, mon métier a été créé à l’origine par et pour la société de consommation. Il est donc responsable de nombreux impacts. Mais employé de façon durable, il peut réduire, voire annuler ces impacts et même influencer les comportements qui sont l’origine de problèmes environnementaux.

Aujourd’hui la démarche de respect de l’environnement en entreprise est généralement insufflée par l’ingénieur. C’est pour cela que l’on parle souvent d’éco-conception et que la majorité des programmes d’action sont issus et à l’intention des ingénieurs. Mais l’ingénieur intervient pendant la phase de conception alors que le designer agit en amont du processus de création, à la genèse même de la problématique. Il peut donc modifier plus de choses.

Il est donc temps aux designers animés de bonnes intentions de disposer d’outils et d’exemples leur permettant de promouvoir et d’intégrer la pratique d’un design durable dans leur entreprise. C’est vers cet objectif que je tends et quoi de mieux qu’un designer pour aider les designers.

Pour établir cette ressource, il me faut analyser des actions et interviewer des personnes concernées. Or la France n’est pas moteur en matière de design et donc en design durable. En effet la plupart des spécialistes se trouvent à l’étranger dans les pays anglophones.

C’est pourquoi je compte me rendre dans plusieurs pays pour récolter les informations nécessaires à mon projet. De plus, l’intérêt est aussi de se nourrir des différences culturelles et d’être baigné dans des problématiques nouvelles, de regarder sous un autre angle. Il s’agit aussi de se rendre dans des pays moins développés où les solutions sont peut-être plus évidentes, simples et rentables et où le lien avec la nature est peut-être plus présent car ils n’ont pas encore emprunté les modèles occidentaux.

Organisation du travail

Le temps passé dans chaque pays sera divisé en 4 phases. La première partie du séjour sera consacrée à la rencontre des personnes contactées avant le départ pour les interviewer dans leur domaine respectif grâce à un questionnaire préparé à l’avance et à des questions émises par des internautes via le site du projet. Ces questions permettront de connaître leur définition du design durable, leurs méthodes de travail, les difficultés qu’ils rencontrent et leurs idées dans le développement et l’amélioration du design durable. Le but est ici d’avoir une première approche de la pratique dans le pays et d’obtenir des informations sur des actions en cours dans ce même pays.

La deuxième phase sera consacrée au traitement des informations recueillies. J’analyserai les réalisations pour comprendre les démarches et dégager les clefs de la réussite d’un projet de design durable. Cette phase sera agrémentée de nouvelles rencontres grâce aux contacts pris sur place lors de la première série d’entretiens. Le but est ici d’avoir une première réponse et d’orienter ainsi la recherche.

la troisième phase sera consacrée à la découverte du pays, de la culture, des mentalités et des actions proches du design durable pour évacuer les préjugés et faire état de la sensibilisation dans le pays au respect de l’environnement et des moyens employés pour accroître la conscience environnementale collective. Cela permettra aussi de mettre en exergue les différences culturelles dans le traitement du problème environnemental et des outils utilisés. Le but ici est de prendre du recul, de replacer les choses dans leur contexte et ainsi obtenir une analyse plus poussée.

Enfin la dernière phase sera consacrée à la communication des informations recueillies. Le reporting au CDRA, la presse en général et enfin la communication avec le public sur le site du projet à l’adresse www.ecopanorama.com. Le but est ici de partager et de permettre l’utilisation des données.

Objectifs

-  Satisfaire les différents partenaires de ce projet à leur niveau.
-  Mettre en place un guide du designer durable.
-  Rencontrer des personnes travaillant dans le domaine du design durable pour apprécier leur expérience, leurs différences culturelles et créer un réseau mondial suscitant l’émulation.
-  Relever des exemples de design durable pour communiquer, approfondir les connaissances sur le sujet et partager les méthodes de travail.
-  Sensibiliser les industriels à la protection de l’environnement en amont grâce aux designers.
-  Favoriser l’achat de produits éco-conçus en éduquant le consommateur.

Pour répondre à ces objectifs, je compte agir sur trois populations différentes :

La première est le milieu d’où je viens, c’est celui des designers. Aujourd’hui les clefs de l’action environnementale dans l’entreprise sont détenues par les ingénieurs qui pratiquent l’éco-conception. Par défaut, envie ou manque de formation, le designer est écarté des décisions environnementales. Or il est en amont du processus de création et son travail engendre la majorité des problèmes à venir. Il peut donc, si il est formé et écouté, proposer des concepts pertinents s’inscrivant dans une démarche de développement durable et communiquant leur valeur écologique au consommateur pour qu’il puisse faire son choix.

Le but est ici de connaître les obstacles que rencontre un designer dans la pratique d’un design plus respectueux pour lui donner les moyens d’agir à son niveau. Il est aussi de rassembler les méthodes, les outils et les acteurs du design durable dans une ressource accessible pour qu’elle puisse être utilisée par les designers sensibilisés.

Le projet n’est pas qu’un simple relevé formel, c’est aussi un travail de fond, de réflexion, d’étude et de recherche dans différents thèmes gravitant autour du design durable. Cette volonté de valoriser et d’approfondir le design durable passe par tous ses aspects. Son utilisation tant artistique qu’industrielle, son intérêt humain, son devenir, son enseignement, ...

C’est d’ailleurs au niveau de l’éducation que commence le combat et qu’il y a souvent le plus de choses à faire. Il existe un manque à ce niveau dans les écoles de design. Une formation agréée par l’ADEME serait peut-être une piste ? Le but en tout cas est de transmettre par l’enseignement des réflexes environnementaux pour qu’ils fassent partie intégrante du processus de création dès l’origine.

Une charte de l’écodesigner et un réseau mondial regroupant les acteurs dans ce domaine font d’ailleurs aussi partie des objectifs.

La seconde population s’intéresse aux consommateurs, pour qu’ils deviennent des consomm’acteurs. Comment ? En leur permettant de reconnaître une démarche environnementale et donc de privilégier un produit éco-conçu dans leur acte d’achat.

Le but est ici d’effectuer un cliché de la conscience environnementale de chaque pays traversé (éco-labels, publicité, distribution, recyclage, ...) pour découvrir des actions de promotion du respect de l’environnement et de valorisation de ce type d’achat (reportage photo). Ceci pour rapatrier et partager les outils de communication au grand public. Les différences culturelles pour traiter ce problème sont certainement intéressantes.

Enfin la dernière s’attache aux entreprises en effectuant un travail de promotion pour l’intégration de designers dans le décisionnel environnemental.

Il s’agit ici de trouver des moyens pour sensibiliser le chef d’entreprise à la pertinence économique du respect environnemental et de montrer que le design est un terrain privilégié pour mener cette nouvelle politique. Car aujourd’hui l’argument principal d’achat est le prix mais l’achat militant est de plus en plus d’actualité. Il faut donc trouver des exemples d’éco-produits compétitifs pour que le chef d’entreprise, qui est le moteur de l’action environnementale, décide d’agir.

Plus loin: Le site ecopanorama

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