Jacob Holdt
Monday, January 29th, 2007
Expositon Jacob Holdt -”American Pictures” du 18 janvier au 17 février 2007, au Centre Atlantique de la Photographie à Brest
En 1971, à 24 ans , Jacob Holdt découvre les Etats-Unis qu’il parcourt à pied et en stop, vagabondant pendant cinq années, vendant son sang pour survivre à travers 48 états, avec une attirance particulière pour les exclus du rêve américain. Fils, petit-fils et arrière petit-fils de pasteurs au Danemark, il raconte dans les lettres à son père, ses déboires et ses rencontres, notamment au sein de la communauté noire dont il ” tombe littéralement amoureux ” selon son expression, et dont il s’attache à comprendre l’ostracisme et le racisme dont elle fait l’objet. Incrédule, son père lui envoie un appareil photographique, charge à Jacob de prouver ses dires.
Ces images frappent par la proximité d’un quotidien partagé, leur étonnante simplicité où perce l’infini respect que l’on devine derrière l’objectif, l’absence de parti pris démonstratif et en même temps la compassion sincère pour des compagnons de fortune ou d’infortune avec en fond le constat sans détour de la banalité de l’exclusion et de la misère. Il est troublant de remarquer que ce reportage social répond comme en écho à celui, pionnier à la toute fin du XIXème siècle, d’un autre danois, Jacob Riis, qui dénonça les conditions de vie des immigrants arrivant à New York. Comme chez Riis, les vues des personnes à l’intérieur de leur logement saisies dans la brutalité de la lumière artificielle, abondent dans le travail de Jacob Holdt et donnent une force inouïe à l’ensemble.
Ce corpus de diapositives, prises avec un simple appareil demi-format, se révèle une source documentaire inépuisable pour leur auteur, dont elle constitue la base de son travail de conférencier sur le racisme et les discriminations. Aujourd’hui sous forme d’exposition, elles nous confrontent à la fois au destin et aux projets d’un jeune européen qui a utilisé la photographie pour raconter aux siens sa descente dans les affres du rêve américain, et dans le même temps à l’ambiguïté du document photographique qui vaut autant pour ce qu’on veut voir et ce qu’on en fait, que pour ce qu’il montre. Jacob Holdt qui passe désormais sa vie à démonter les stéréotypes et les préjugés concernant le racisme et l’exclusion, nous montre aussi comment il faut se méfier des stéréotypes concernant l’image.













